Onglets

mercredi 21 avril 2010

Une frite dans la nuit


A la sortie du lycée, notre groupe d'amis était déterminé à ne pas se séparer. Et pour marquer le coup, nous avons décidé d'adapter un récit complètement loufoque écrit par Ed Wood (l'autre) et qui racontait la formidable aventure de deux agents du Federal Bergueneuse Investigation chargés de résoudre l'enquête sur le vol de la friteuse communal. Leur périple les amènerait à croiser la route d'un tueur de chat aux méthodes singulières: il faisait exploser les chats et leur mettait une frite dans le postérieur pour signer son crime. Un scénario aussi complexe méritait qu'on y mette les moyens. Équipés d'une caméra 8mm, d'un vieux magnéto, de beaucoup d'humour, d'une pile de burgers congelés et de trois jours devant nous, nous avons enchainés les scènes de ce fabuleux court métrage qui marque la fin d'une époque.

C'est un événement qui marque les esprits. Souvent, mes parents demandaient à ce que je montre le film à mes amis, pire, à mes petites amies. Heureusement, il s'en est trouvé une qui n'a pas fuit devant ma tête de l'époque: cheveux en vagues, style bourgeois, lunettes rondes, et intonation efféminées faisaient mon personnage, vêtu d'un joli costume rose et accompagné de divers animaux de la ferme. Ridicule, nous l'étions. Moi le premier, en narrateur, copie ratée de Stephane Bern. De ceux qui ont visionné cette perle rare, j'ai le souvenir de crises de rires, aux larmes. Finalement, c'était un peu le but ! Étrangement, ce film à encore soudé des liens entre nous, et malgré la distance qui nous sépare parfois, on se retrouve régulièrement et on ressent à nouveau ce qui faisait notre groupe de l'époque. Une amitié très forte, comme au premier jour.

mardi 23 mars 2010

Le monstre sous le lit

On a tous eu peur, étant gamins, du monstre sous le lit. La faute aux histoires de grand méchant loup que nous racontaient nos mamans avant de nous coucher, première interprétation du mal contre le bien. Et le mal vient du noir, c'est connu.

Pourtant, je n'ai jamais cru qu'il y avait un monstre sous mon lit. Pas de Croquemitaine dans l'armoire non plus. Juste de la poussière. Et des morceaux de biscuit. Hum. Maman va pas être contente. J'ai parfois regardé, jamais impressionné. Mais je ne laissais pas trainer mes pieds trop près du lit, des fois que ces histoires à dormir debout seraient vraies. Il ne faudrait pas que le monstre attrape mes jambes et m'entraine sous le lit pour... pour quoi, en fait?

Tous les éléments étaient là pour entretenir ma peur. Je me couchais, me blottissais contre ma peluche, et fermais les yeux. Il faisait sombre dans la chambre. Seule, la lueur blafarde de la lune créait des ombres qui semblaient se mouvoir dans la pièce.

Et soudain, boum. Boum.

Un cognement. Répétitif. Quelqu'un monte les escaliers. Boum.

Boum.

Boum.

Je respire lentement.

Boum.

Putain, ch'ui con: c'est mon cœur qui bat que j'entends !

J'ai donc réalisé très tôt que les monstres qui se cachent sous le lit ne sont que des foutaises. Des trucs de grand mère, comme Marie Groette, ou l'araignée à la jambe de bois qui toque au plafond, destinés à maintenir les gosses dans la crainte et donc, dans le calme. Malgré tout, un jour, quelque chose d'étrange est arrivé, et s'est répété. Croyez-vous aux fantômes..?


vendredi 19 février 2010

Timidité et sexe dessiné

Ceux qui me connaissent depuis peu n'en croiront pas un mot, mais quand j'étais gosse, j'étais super timide. M'adresser à un adulte, faire des choses tout seul, sans ma maman à mes côtés, m'était impossible. Aller chercher une baguette à la boulangerie d'en face, c'était un véritable supplice. En fait, j'avais peur du regard des inconnus, ce qu'ils penseraient de moi, je n'étais pas à l'aise. 

La pire expérience de ma vie fut peut-être celle qui changea ma façon de voir les choses et me permis de m'affermir, de me libérer pour finalement devenir le Homer d'aujourd'hui. Ça se passait dans une station balnéaire près de La Rochelle, pendant les vacances. Jour de marché. J'avais 13 ans.
Comme à leur habitude, mes parents m'achetaient des bandes dessinées pour m'occuper pendant les vacances. Il y avait toujours foule dans ce petit magasin, et, au détour du rayon où trônaient fièrement Mickey et Pif, le chien, s'étalait un autre genre de BD: le manga porno, où les stars de Street Fighter échangeaient bien autre chose que des coups. Bison apprenait à Chun-Lee une nouvelle combinaison. Des images hautes en couleur, que j'hésitais à feuilleter... Je sortais du magasin, rouge de honte.
Mes parents attendaient devant, contemplant les étals du marché installé dans une rue passante particulièrement fréquentée:
« Alors, tu as choisi une BD?

  • Euh... oui mais j'suis pas sûr.

  • Tiens, voilà des sous, dépêche-toi »
Je retournais comme un sot dans la boutique, passait à travers ces gens immenses dont j'étais persuadé qu'ils me jugeaient, je saisissais le Journal de Mickey et le manga porno que je glissais dessous, et je m'avançais vers la caisse. La vendeuse passa les articles, me demanda de payer, dans une indifférence totale. Je sortais avec un discret « au revoir », la tête basse, et retrouvais mes parents dans la rue. J'étais en possession du fameux sésame, ticket vers la toison d'or dessinée, premier pas vers l'age adulte et une réputation d'obsédé :-)
J'avais acheté mon premier bouquin de cul...

mercredi 10 février 2010

Premières vacances

Aussi loin que je me souvienne, j'ai passé mes premières vacances dans les Vosges, près de Gérardmer, j'avais alors 6-7 ans, je crois. Les souvenirs qu'on garde de ces moments sont très vagues: une grande maison à étage avec un jardin clos, un perron bordé d'une barrière forgée noire, dans un village coincé contre une colline, aux vieilles pierres et au calme ambiant. Avec mes parents et mon frère, nous visitons les recoins de la région à la découverte de cascades nichées dans les forêts. L'air y était frais, l'endroit respirait.
Mais de ces vacances lointaines, les seules en montagne avec mes parents, me reste surtout l'image d'un instant particulier quand, avec Maman, nous montions au village le long des rues aux pavés abimés, pour nous rendre à la source: un puits aménagé près d'un vieux lavoir d'où coulait une eau claire, fraiche et potable. Les habitants du coin profitaient de l'endroit pour remplir leurs bidons et bouteilles. Même sous ce soleil de plomb, un halo de fraicheur envahissait l'espace et on aimait rester là, comme hors du temps.
On se croirait dans un roman de Pagnol, putaing !

lundi 25 janvier 2010

Les fêtes d'anniversaire


Chaque gosse rêve de fêter son anniversaire avec ses amis: faire un goûter où se produira un magicien, une boum où les garçons oseront peut-être inviter une fille à danser dans le vain espoir d'apercevoir un bout de sein dans les décolletés plongeants, une soirée où les vrais mecs s'aideront d'un verre d'alcool pour draguer les filles qui dansent entre elles au fond de la boite de nuit. Quelle que soit la manière, tous les enfants que nous étions avaient envie de passer ce jour particulier en compagnie de leurs camarades, pour marquer le coup et faire de cette date un instant mémorable.

Je n'ai jamais vraiment fêté mon anniversaire. La plupart du temps, cette date s'estompait derrière la fête des cloches, et se ponctuait par un gâteau merveilleux concocté par ma maman, autour duquel nous rassemblions la famille proche. Autour de la table, chacun levait son verre et l'enfant que j'étais ne se rendait pas compte que cette célébration ne visait pas spécialement à marquer ce changement d'âge, mais plutôt à profiter d'une occasion de plus de faire la fête. La fête entre adultes, quoi. Pas celle où on bouge, on joue à colin-maillard ou au foot avec ses potes. Ni même celle où on connait ses premiers émois, lors d'une boum au fond d'un garage. Encore moins celle au final de laquelle on s'envoie en l'air pour ne plus s'en rappeler le lendemain....

Avec le recul, je ne sais même pas si je regrette. Ces petites fêtes, blindées d'espoir et de rêves d'enfants, sont-elles finalement essentielles? Qu'auraient-elles pu m'apporter? Plus on vieillit, moins on apprécie cette date fatidique où le corps prend littéralement un an de plus. Les anniversaires de l'époque, à la campagne, loin des moeurs parisiennes où j'imagine le dynamisme, les magiciens, les filles seins nus et les vapeurs de cannabis, se limitaient à marquer le coup et à continuer sa vie comme si de rien n'était. Un avant goût de l'age adulte.

vendredi 1 janvier 2010

Des voeux pour la nouvelle année


Obligé de porter ce pull? Parce que là, même si on va voir Tata Monique, le pull me gratte.
C'était toujours sappé comme pour aller à la messe que mes parents m'emmenaient pour les voeux de la nouvelle année. Traditionnellement, on passait voir l'entourage: mes grands-parents, certains oncles et tantes, puis on allait au village d'à côté voir les cousins des oncles des tantes de mes grands-parents, qu'on ne voyait jamais dans l'année et qui piquaient quand il s'agissait de les embrasser. Ceux-ci, ravis de nous voir, faisaient passer le café ou péter le mousseux, et étalaient selon l'heure des biscuits apéritif sur la table - mes préférés - ou de vieux biscuits secs datant de la guerre, devinez laquelle. On restait là pendant des minutes qui paraissaient des plombes, n'oubliant pas qu'après on passerait chez Tonton Gérard, accroc du pinard, puis le cousin Claude, celui qui sent la pipe. On s'amusait avec le chien, s'il n'était pas empaillé, ou alors on s'ennuyait, tout simplement. Pas de GameBoy à l'époque. Juste la contemplation de l'horloge et son tic-tac lancinant. On se consolait tout de même lorsqu'un d'entre eux nous donnait des étrennes, allant des pièces en chocolat aux vraies en métal qui iraient rejoindre leurs consœurs au fond de la tirelire...
Le soir venu, alors qu'on s'impatientait de retourner jouer avec les cadeaux du Père Noël, on se retrouvait confronté à la dure réalité: il restait les cartes de voeux à faire. De petits cartons aux dessins hivernaux, à compléter au dos d'un petit texte à recopier, sans imiter la belle écriture de maman. Parrain, Marraine, si lointains, auraient droit à leur petite carte que le facteur déposerait quelques jours plus tard. Quand on est gosse, un voeu n'a pas de sens, on le fait parce qu'on doit. Quand on vieillit, l'attachement aux personnes qu'on côtoie donne de l'ampleur à ces souhaits. Je vous souhaite à tous une bonne année 2010, et surtout, une excellente santé!

samedi 26 décembre 2009

Le Père Noël


Le Père Noël est passé cette nuit. On le sait, c'est le jour tant attendu, les cadeaux sont au pied du sapin. Et c'est pas parce qu'on a été obligé de se coucher tôt qu'on a pas entendu, en songe, le tintillement des clochettes de son traîneau. Chez nous, le Père Noël ne passe pas par la cheminée: le poêle à charbon tire de tout son feu, il s'en brûlerait les fesses ! Non, il passe sûrement par la porte, impossible de savoir. Et puis, qu'importe, ce matin, les jouets attendent sous le sapin, et nous sommes déjà réveillés: il est à peine 6h, les parents dorment encore, mais mon frère et moi n'attendons que de découvrir ce que le gros barbu nous a apporté.

D'ailleurs, on prépare un plan: aller voir combien il y a de paquets, peut-être même en subtiliser un, juste pour assouvir notre soif de curiosité! C'est pas bien, mais impossible d'attendre plus longtemps... J'envoie mon frangin en éclaireur... Courageux mais pas téméraire, c'est bien plus facile de déléguer. Il s'avance dans la pénombre, éclairé un instant pas le sapin qui clignote. Et il revient, rapidement, la lumière de la chambre des parents vient de s'allumer ! Le lâche !

Pour eux aussi, la journée s'annonce stressante. Ils ont un repas de famille à préparer, nous recevons ce midi. Et interdiction pour eux de manquer ce moment où nous, leurs enfants, déballeront les paquets cadeaux qu'ils ont fait pour nous. Il m'apparaît que voir la joie d'un enfant, le sien, le jour de Noël, comble de bonheur. C'est avec un brin de reconnaissance que cette année là, conscient que le Barbu devait rester réel dans le cœur de mon petit frère, je déballais patiemment mes cadeaux...