Onglets

vendredi 19 février 2010

Timidité et sexe dessiné

Ceux qui me connaissent depuis peu n'en croiront pas un mot, mais quand j'étais gosse, j'étais super timide. M'adresser à un adulte, faire des choses tout seul, sans ma maman à mes côtés, m'était impossible. Aller chercher une baguette à la boulangerie d'en face, c'était un véritable supplice. En fait, j'avais peur du regard des inconnus, ce qu'ils penseraient de moi, je n'étais pas à l'aise. 

La pire expérience de ma vie fut peut-être celle qui changea ma façon de voir les choses et me permis de m'affermir, de me libérer pour finalement devenir le Homer d'aujourd'hui. Ça se passait dans une station balnéaire près de La Rochelle, pendant les vacances. Jour de marché. J'avais 13 ans.
Comme à leur habitude, mes parents m'achetaient des bandes dessinées pour m'occuper pendant les vacances. Il y avait toujours foule dans ce petit magasin, et, au détour du rayon où trônaient fièrement Mickey et Pif, le chien, s'étalait un autre genre de BD: le manga porno, où les stars de Street Fighter échangeaient bien autre chose que des coups. Bison apprenait à Chun-Lee une nouvelle combinaison. Des images hautes en couleur, que j'hésitais à feuilleter... Je sortais du magasin, rouge de honte.
Mes parents attendaient devant, contemplant les étals du marché installé dans une rue passante particulièrement fréquentée:
« Alors, tu as choisi une BD?

  • Euh... oui mais j'suis pas sûr.

  • Tiens, voilà des sous, dépêche-toi »
Je retournais comme un sot dans la boutique, passait à travers ces gens immenses dont j'étais persuadé qu'ils me jugeaient, je saisissais le Journal de Mickey et le manga porno que je glissais dessous, et je m'avançais vers la caisse. La vendeuse passa les articles, me demanda de payer, dans une indifférence totale. Je sortais avec un discret « au revoir », la tête basse, et retrouvais mes parents dans la rue. J'étais en possession du fameux sésame, ticket vers la toison d'or dessinée, premier pas vers l'age adulte et une réputation d'obsédé :-)
J'avais acheté mon premier bouquin de cul...

mercredi 10 février 2010

Premières vacances

Aussi loin que je me souvienne, j'ai passé mes premières vacances dans les Vosges, près de Gérardmer, j'avais alors 6-7 ans, je crois. Les souvenirs qu'on garde de ces moments sont très vagues: une grande maison à étage avec un jardin clos, un perron bordé d'une barrière forgée noire, dans un village coincé contre une colline, aux vieilles pierres et au calme ambiant. Avec mes parents et mon frère, nous visitons les recoins de la région à la découverte de cascades nichées dans les forêts. L'air y était frais, l'endroit respirait.
Mais de ces vacances lointaines, les seules en montagne avec mes parents, me reste surtout l'image d'un instant particulier quand, avec Maman, nous montions au village le long des rues aux pavés abimés, pour nous rendre à la source: un puits aménagé près d'un vieux lavoir d'où coulait une eau claire, fraiche et potable. Les habitants du coin profitaient de l'endroit pour remplir leurs bidons et bouteilles. Même sous ce soleil de plomb, un halo de fraicheur envahissait l'espace et on aimait rester là, comme hors du temps.
On se croirait dans un roman de Pagnol, putaing !

lundi 25 janvier 2010

Les fêtes d'anniversaire


Chaque gosse rêve de fêter son anniversaire avec ses amis: faire un goûter où se produira un magicien, une boum où les garçons oseront peut-être inviter une fille à danser dans le vain espoir d'apercevoir un bout de sein dans les décolletés plongeants, une soirée où les vrais mecs s'aideront d'un verre d'alcool pour draguer les filles qui dansent entre elles au fond de la boite de nuit. Quelle que soit la manière, tous les enfants que nous étions avaient envie de passer ce jour particulier en compagnie de leurs camarades, pour marquer le coup et faire de cette date un instant mémorable.

Je n'ai jamais vraiment fêté mon anniversaire. La plupart du temps, cette date s'estompait derrière la fête des cloches, et se ponctuait par un gâteau merveilleux concocté par ma maman, autour duquel nous rassemblions la famille proche. Autour de la table, chacun levait son verre et l'enfant que j'étais ne se rendait pas compte que cette célébration ne visait pas spécialement à marquer ce changement d'âge, mais plutôt à profiter d'une occasion de plus de faire la fête. La fête entre adultes, quoi. Pas celle où on bouge, on joue à colin-maillard ou au foot avec ses potes. Ni même celle où on connait ses premiers émois, lors d'une boum au fond d'un garage. Encore moins celle au final de laquelle on s'envoie en l'air pour ne plus s'en rappeler le lendemain....

Avec le recul, je ne sais même pas si je regrette. Ces petites fêtes, blindées d'espoir et de rêves d'enfants, sont-elles finalement essentielles? Qu'auraient-elles pu m'apporter? Plus on vieillit, moins on apprécie cette date fatidique où le corps prend littéralement un an de plus. Les anniversaires de l'époque, à la campagne, loin des moeurs parisiennes où j'imagine le dynamisme, les magiciens, les filles seins nus et les vapeurs de cannabis, se limitaient à marquer le coup et à continuer sa vie comme si de rien n'était. Un avant goût de l'age adulte.

vendredi 1 janvier 2010

Des voeux pour la nouvelle année


Obligé de porter ce pull? Parce que là, même si on va voir Tata Monique, le pull me gratte.
C'était toujours sappé comme pour aller à la messe que mes parents m'emmenaient pour les voeux de la nouvelle année. Traditionnellement, on passait voir l'entourage: mes grands-parents, certains oncles et tantes, puis on allait au village d'à côté voir les cousins des oncles des tantes de mes grands-parents, qu'on ne voyait jamais dans l'année et qui piquaient quand il s'agissait de les embrasser. Ceux-ci, ravis de nous voir, faisaient passer le café ou péter le mousseux, et étalaient selon l'heure des biscuits apéritif sur la table - mes préférés - ou de vieux biscuits secs datant de la guerre, devinez laquelle. On restait là pendant des minutes qui paraissaient des plombes, n'oubliant pas qu'après on passerait chez Tonton Gérard, accroc du pinard, puis le cousin Claude, celui qui sent la pipe. On s'amusait avec le chien, s'il n'était pas empaillé, ou alors on s'ennuyait, tout simplement. Pas de GameBoy à l'époque. Juste la contemplation de l'horloge et son tic-tac lancinant. On se consolait tout de même lorsqu'un d'entre eux nous donnait des étrennes, allant des pièces en chocolat aux vraies en métal qui iraient rejoindre leurs consœurs au fond de la tirelire...
Le soir venu, alors qu'on s'impatientait de retourner jouer avec les cadeaux du Père Noël, on se retrouvait confronté à la dure réalité: il restait les cartes de voeux à faire. De petits cartons aux dessins hivernaux, à compléter au dos d'un petit texte à recopier, sans imiter la belle écriture de maman. Parrain, Marraine, si lointains, auraient droit à leur petite carte que le facteur déposerait quelques jours plus tard. Quand on est gosse, un voeu n'a pas de sens, on le fait parce qu'on doit. Quand on vieillit, l'attachement aux personnes qu'on côtoie donne de l'ampleur à ces souhaits. Je vous souhaite à tous une bonne année 2010, et surtout, une excellente santé!

samedi 26 décembre 2009

Le Père Noël


Le Père Noël est passé cette nuit. On le sait, c'est le jour tant attendu, les cadeaux sont au pied du sapin. Et c'est pas parce qu'on a été obligé de se coucher tôt qu'on a pas entendu, en songe, le tintillement des clochettes de son traîneau. Chez nous, le Père Noël ne passe pas par la cheminée: le poêle à charbon tire de tout son feu, il s'en brûlerait les fesses ! Non, il passe sûrement par la porte, impossible de savoir. Et puis, qu'importe, ce matin, les jouets attendent sous le sapin, et nous sommes déjà réveillés: il est à peine 6h, les parents dorment encore, mais mon frère et moi n'attendons que de découvrir ce que le gros barbu nous a apporté.

D'ailleurs, on prépare un plan: aller voir combien il y a de paquets, peut-être même en subtiliser un, juste pour assouvir notre soif de curiosité! C'est pas bien, mais impossible d'attendre plus longtemps... J'envoie mon frangin en éclaireur... Courageux mais pas téméraire, c'est bien plus facile de déléguer. Il s'avance dans la pénombre, éclairé un instant pas le sapin qui clignote. Et il revient, rapidement, la lumière de la chambre des parents vient de s'allumer ! Le lâche !

Pour eux aussi, la journée s'annonce stressante. Ils ont un repas de famille à préparer, nous recevons ce midi. Et interdiction pour eux de manquer ce moment où nous, leurs enfants, déballeront les paquets cadeaux qu'ils ont fait pour nous. Il m'apparaît que voir la joie d'un enfant, le sien, le jour de Noël, comble de bonheur. C'est avec un brin de reconnaissance que cette année là, conscient que le Barbu devait rester réel dans le cœur de mon petit frère, je déballais patiemment mes cadeaux...

lundi 21 décembre 2009

Noël d'entreprise


La période de Noël est propice aux souvenirs.  Le froid balayait les plaines autour du village, et nous allions, la nuit à peine tombée, au Noël de l'entreprise où travaillait ma mère. Pour l'occasion, le CE avait réservé la salle des fêtes, au crépis fané qui avait vu passer bien des événements, et nous nous engagions, mon frère et moi, au coeur d'une allée improvisée et bordée de chaises dépliées. Là, s'asseyaient des inconnus et leur famille, venus écouter un laborieux discours et assister à une sorte de défilé de remerciements. On s'en fichait un peu, impatients, car ce soir, le père Noël devait passer! Nous étions pourtant loin du 25 décembre, mais aucun de nous ne se posait la question. On allait voir l'homme en rouge.

Un claquement se fit entendre derrière nous. Courant d'air annonçant que la porte de la scène, au devant, s'entrouvrait. Un visage, buriné, couvert d'une longue barbe blanche, apparut. Ce n'était pas Oussama, mais son cousin du Nord, Noël. Nous n'avions pas les boules, et courageusement, chaque enfant s'avançait vers lui tandis qu'il s'installait sur un siège, face à nous.
Comme chaque année, nous nous asseyions sur ses genoux, il nous regardait d'un regard ivre, et nous chuchotions à ses oreilles la liste des cadeaux rêvés. Ensuite, il nous tendait une orange, un personnage en chocolat et un jouet, pour les plus jeunes. Cette fois, ce sera un camion.
Le visage heureux, épanoui, encore rêveur, nous rejoignions les parents assis au fond, spectacle terni par les piliers de comptoirs qui ne venaient là que pour une bière, essence de mes envies futures ;-) Le Noël du CE avait ce quelque chose de particulier, qui renait chaque année à l'approche des fêtes. Souvenirs d'enfance...

Etrangement, je crois que c'est lors d'une de ces cérémonies, peut-être la dernière avant que ma mère change d'entreprise, que je sus instinctivement que le Père Noël qu'on voyait là n'était pas le vrai... Que le vrai, finalement, n'était peut-être qu'un mythe.

vendredi 18 décembre 2009

Tombe la neige


Il neige. Je la regarde tomber lentement, au chaud, à l'intérieur. Je pense désormais à ceux qui ont froid, là dehors, ceux qui rentrent du boulot en voiture, bloqués, qui ne voient rien à deux mètres. Les gros flocons, quand on est adultes, apportent parfois plus de craintes que de réconfort. La tasse sur la table refroidit. Je l'attrape, serrant mes mains autour comme pour absorber les résidus de chaleur, et je me rappelle que la neige, c'était magique.


Elle réveille en moi des souvenirs d'enfance, ceux où Maman venait nous réveiller, mon frère et moi, en nous annonçant que dehors tout était blanc. On se levait alors très vite pour regarder à la fenêtre. Je me demande pourquoi ma mère ne l'a pas fait plus souvent, même en juin, pour nous sortir plus facilement de sous la couette ! On ne se posait pas de question sur l'aspect chimique d'un flocon: la neige était là, c'était magique. Qu'on aille ou non à l'école, il ne fallait pas longtemps pour que commence une bataille de boule de neige. Contrairement aux gosses d'aujourd'hui, on s'amusait des choses simples et, non, on ne mettait pas de gravillons dans la boule de neige. On montait dans le carré d'herbe, derrière la maison ou l'école, pour créer un bonhomme de neige. Deux boules. C'est un mâle. Des cailloux pour les yeux, une carotte pour le... nez. Et il restait là, jusqu'au printemps, à nous regarder jouer.

On sortait les vélos et on partait, tant bien que mal, vers le parking d'en face pour laisser une trace profonde et faire des dérapages. Le genre de truc, qu'adultes, on fait encore au fond des toilettes... La commune avait allumé les petites étoiles aux grosses ampoules le long de la rue principale, c'était porteur de fête. Celle où on savait se contenter. Et l'esprit de Noël était là.

Je regarde tomber la neige. Je me souviens des bons moments. Je suis adulte. Et nostalgique.